Actifs non investissables : quels sont-ils et comment les identifier ?

En 2023, plus de 90% des actifs mondiaux restent concentrés dans une poignée de classes plébiscitées par les investisseurs institutionnels. Pourtant, une part non négligeable d’actifs échappe à ce radar, tapie dans les bilans, indifférente aux sirènes des marchés financiers.

Si certains osent braver les obstacles pour diversifier leur patrimoine, la réalité se montre souvent plus complexe qu’escompté. Derrière l’apparente simplicité des catégories d’actifs, une frontière ténue sépare ce qui entre dans la danse des marchés et ce qui demeure à l’écart, parfois pour de très bonnes raisons.

Comprendre la notion d’actifs non investissables : définition et enjeux

Un actif, selon le Plan Comptable Général (PCG) et les normes IFRS, correspond à toute ressource dont une entreprise a la maîtrise, qui recèle une valeur économique et est susceptible d’engendrer des flux futurs. Cette définition, précise, structure la manière dont les sociétés évaluent et gèrent leur patrimoine. La gestion d’actifs s’appuie ainsi sur trois piliers : accroître la valeur, maîtriser le risque, optimiser la rentabilité globale d’un portefeuille.

Dès lors, la catégorie des actifs non investissables s’impose comme une zone grise. Certains actifs, malgré leur présence dans les comptes, se retrouvent exclus des stratégies d’investissement classiques. Pourquoi ? Manque de liquidité, absence de marché structuré, valorisation trop incertaine, voire risques juridiques non couverts. Ces actifs font partie intégrante du patrimoine, mais ne répondent ni aux attentes de rendement, ni à l’exigence de transformation rapide en cash.

La structuration d’un portefeuille passe d’abord par le classement des actifs : actifs réels, instruments financiers, liquidités, matières premières, devises, cryptomonnaies, immobilier… Sur le papier, chaque catégorie obéit à des critères précis. Mais l’accès à l’investissement reste conditionné par d’autres filtres : transparence de la valorisation, existence d’un marché secondaire, conformité réglementaire. Seuls les actifs capables de répondre à ces exigences franchissent la barrière.

Pour clarifier, voici les principales caractéristiques à retenir :

  • Définition : une ressource générant une valeur, placée sous le contrôle de l’entreprise.
  • Enjeux : pouvoir fixer une valeur réaliste, garantir la disponibilité, intégrer l’actif dans une allocation stratégique.
  • Critères d’exclusion : marché inexistant, qualité jugée trop faible, risques non maîtrisés.

Quels types d’actifs sont considérés comme non investissables ?

La liste des actifs non investissables ne se limite pas à une catégorie figée. Elle traverse les bilans, évolue au gré des contextes, des normes et des marchés. Ce qui unit ces actifs ? Un faisceau de signaux : rareté ou absence d’acheteurs, valorisation impossible à établir, liquidité réduite à néant, obstacles juridiques insurmontables. Les normes comptables distinguent les actifs courants (court terme) et les actifs non courants (long terme), mais la non investissabilité s’infiltre partout.

Dans la famille des immobilisations corporelles, certains terrains, machines devenues obsolètes ou équipements ultra-spécialisés sont condamnés à rester des lignes comptables inertes. Pas de marché secondaire, pas de valeur de revente, pas d’acheteur motivé. Même constat pour les immobilisations incorporelles : licences, brevets ou fonds de commerce non transférables, dont la valorisation repose sur des hypothèses hypothétiques et difficiles à défendre.

Du côté des actifs financiers, la frontière est tout aussi tranchée. Titres de sociétés non cotées, créances douteuses, parts dans des véhicules fermés (club deals, fonds privés illiquides) : tous ces actifs peuvent se retrouver hors-jeu pour un investisseur en quête de liquidité ou de valorisation fiable. Même la cryptomonnaie n’est pas épargnée : sans accès à une plateforme d’échange ou en cas de gel réglementaire, elle devient inaccessibles à l’investissement.

À plus court terme, on retrouve aussi : stocks devenus invendables, créances jugées irrécouvrables, charges payées d’avance qui ne seront jamais récupérées. Leur point commun ? L’absence totale de marché, la difficulté à fixer un prix, l’impossibilité de les céder rapidement, autant de barrières infranchissables pour tout investisseur soucieux d’efficacité.

Identifier les actifs non investissables : critères et signaux à surveiller

Détecter un actif non investissable exige d’aller au-delà du simple inventaire comptable. Les indices sont parfois ténus, mais quelques repères permettent d’y voir clair. Il s’agit d’évaluer la liquidité réelle, l’existence d’un marché actif, la fiabilité de la valorisation et les éventuels blocages juridiques. Un actif qui ne parvient pas à trouver preneur, ne s’échange nulle part ou dont la valeur d’évaluation varie du simple au triple selon la méthode utilisée se classe vite dans la catégorie des immobilisations stériles.

Voici les principaux signaux d’alerte à surveiller :

  • Liquidité quasi nulle : absence totale de débouché, pas d’acheteurs identifiés, délais de cession déraisonnables.
  • Valorisation complexe : pas de benchmark de marché, recours à des méthodes subjectives comme la valeur d’usage ou le coût de remplacement.
  • Risques de dépréciation récurrents : actifs soumis à des tests de perte de valeur fréquents, en particulier ceux à durée de vie indéfinie (goodwill, marques).
  • Obstacles juridiques ou réglementaires : impossibilité de céder pour cause d’engagement contractuel ou de blocage légal.

Une vigilance particulière s’impose face aux stocks vieillissants, aux créances dont le recouvrement s’annonce incertain ou aux équipements ultra-spécifiques sans marché identifié. L’analyse des amortissements et des dépréciations donne souvent le ton : dès qu’un actif affiche régulièrement une valeur bien inférieure à sa valeur d’achat, il perd son potentiel d’investissement. Les référentiels IFRS et le plan comptable général imposent des tests récurrents : chaque écart entre la valeur comptable et la valeur de marché éclaire la frontière entre actif dynamique et actif figé.

Femme en blazer observant un tableau et un violon dans un bureau moderne

Méga-tendances économiques : quel impact sur la classification des actifs ?

L’émergence de nouvelles classes d’actifs bouleverse la cartographie entre ce qui se prête à l’investissement et ce qui reste à l’écart. La cryptomonnaie, propulsée par la blockchain, s’impose comme un défi : volatilité hors norme, cadre réglementaire mouvant, incertitude sur la viabilité à long terme. Les investisseurs doivent repenser leurs critères de sélection, questionner la notion même de potentiel et de stabilité.

Dans un autre registre, les véhicules de placement collectifs, qu’il s’agisse de SCPI, d’OPCI ou de club deals, changent la donne sur l’immobilier. Mutualisation des risques, diversification géographique, gestion déléguée : autant d’avantages. Mais la liquidité reste parfois limitée, ce qui repousse certains supports à la marge pour ceux qui cherchent une sortie rapide.

Le private equity et les investissements dans les infrastructures connaissent également un essor remarquable. Si la promesse de croissance séduit, l’absence de marché secondaire et la durée de blocage imposée éloignent certains produits de la sphère de la liquidité immédiate.

Face à ces méga-tendances économiques, numérisation, transition énergétique, globalisation,, il devient nécessaire de revoir les critères de sélection. Un actif perçu hier comme moteur de croissance peut, en l’absence de marché ou d’acheteur, basculer dans la catégorie des ressources figées. Désormais, l’aptitude d’un actif à intégrer une stratégie de placement dépend autant de sa valeur économique que de sa capacité à coller aux impératifs de liquidité et de conformité réglementaire.

La frontière entre actif vivant et actif en sommeil ne cesse donc d’évoluer. Pour l’investisseur, le défi consiste à lire entre les lignes, et à ne jamais confondre valeur d’inventaire et potentiel réel.