Le musée du Louvre dit deux choses de La Joconde sur la même date. Sa page consacrée à la salle des États affirme que François Ier, qui invite Léonard de Vinci en France, lui achète le tableau en 1518. La notice INV 779, sur le site des collections, écrit qu’il fut très probablement acquis par François Ier en 1518. Même musée, même année, deux niveaux de certitude : le service qui rédige les pages du palais a le droit d’être affirmatif, celui qui tient l’inventaire préfère l’adverbe.

Pour savoir que voir au Louvre, lisez le second. Le champ revient de notice en notice, sous la rubrique Données historiques, entre l’historique de l’œuvre et le nom du propriétaire : Mode d’acquisition. Il prend les valeurs qu’une administration lui donne, achat, don, partage après fouilles, affecté au Louvre, ancienne collection royale, conquête militaire. La page À propos du site des collections annonce plus de 500 000 notices, tenues par le personnel scientifique des neuf départements du musée. C’est une liste fermée de valeurs, et elle raconte l’histoire de France mieux que la signalétique des salles.

La Joconde, salle 711 : ce que la Couronne avait déjà
La notice INV 779 est renseignée à ancienne collection royale/de la Couronne, avec la date 1793. C’est l’année où les collections de la Couronne deviennent le fonds d’un musée. Le tableau, lui, était là depuis près de trois siècles.

La salle 711 a été choisie en 1966 pour l’exposer, et c’est la plus vaste du musée. Depuis 2005, le portrait est seul au centre de la pièce, derrière une vitrine climatisée. La mise en scène a une cause prosaïque : le support est un panneau de peuplier, le bois a travaillé, une fissure est apparue. Le tableau le plus célèbre du monde est une planche de 79,4 cm sur 53,4 cm avec un défaut de conservation, logée dans le plus grand volume disponible.
Conquête militaire, en toutes lettres : Les Noces de Cana, salle 711
Sur le mur d’en face, dans la même salle, Les Noces de Cana. L’historique de la notice tient en trois propositions séparées par des points-virgules : peint en 1562-1563 pour le réfectoire des bénédictins de San Giorgio Maggiore à Venise ; prélevé en 1797 ; transporté au Louvre en 1798. Le champ Mode d’acquisition, deux lignes plus bas, indique conquête militaire.

6,77 m sur 9,94 m font 67,29 m² de toile, et la notice INV 142 laisse son champ Description / Décor entièrement vide. Un homme en vert traverse la scène à grands pas et, en haut à gauche, un serviteur porte un grand plat le long d’une terrasse. Sur une toile de neuf mètres quatre-vingt-quatorze de large, chacun de ces deux épisodes occupe une fraction de la surface.

Chiaro part de la photo que vous prenez, et une photo se cadre. Photographiez l’orchestre à cordes du premier plan, serré, sans le reste du banquet, puis posez votre question sur ce que vous regardez. Devant une œuvre de soixante-sept mètres carrés, le cadrage est la seule façon de désigner ce dont on parle.
Un cadeau en 1821, une vente après décès en 1824 : Vénus de Milo salle 345, Radeau de la Méduse salle 700
Deux objets entrés sous la Restauration à trois ans d’intervalle, par deux mécanismes que le champ distingue soigneusement.
La Vénus de Milo, numéro de catalogue Ma 399, est renseignée à don, date d’arrivée au musée 1821. La ligne Détenteur précédent / commanditaire / dédicataire porte deux noms : Louis XVIII, roi de France, et Charles François Riffardeau, marquis de Rivière au moment des faits, ambassadeur de France en Grèce, qui achète la statue peu après sa découverte sur l’île de Milo en 1820 et l’offre au roi. Le roi l’offre au Louvre dès mars 1821. En à peine deux ans, plusieurs blocs de marbre de Paros passent de l’anonymat à la galerie des Antiques.


La ligne Etat de l’oeuvre, glissée dans le champ Description / Décor, a une franchise que les cartels s’autorisent rarement : il manque le bras gauche, une grande partie du bras droit, le pied gauche ; le nez présente des éclats … le chignon a été recollé et l’extrémité du nez a été refaite en plâtre. On envisagea de lui restituer ses bras à son entrée au Louvre, et l’idée fut abandonnée. L’hésitation sur l’identité de la déesse date de sa découverte, puisque les dieux grecs sont souvent reconnaissables à ce qu’ils tiennent dans les mains ; la balance a fini par pencher en faveur d’Aphrodite.
Le Radeau de la Méduse a mis cinq ans à devenir un tableau du Louvre. Peint pour le Salon de 1819, probablement dans l’espoir d’être acheté par le ministère de la Maison du roi, il ne trouve pas preneur du vivant de Géricault : soit que le prix proposé ait paru trop faible, soit que le sujet ait embarrassé le ministère. Auguste de Forbin, directeur général des Musées royaux, l’a fait entrer dans les collections royales par achat à la vente publique organisée après la mort du peintre. La notice INV 4884 résume cela en une valeur composite, entrée – Collection de Charles X, et une date de décision, le 12 novembre 1824. La toile est présentée en permanence au Louvre depuis 1826, excepté pendant les périodes de guerre sur le sol français.
L’historique donne aussi le prix du support : une toile de quinze pieds sur vingt-deux, fournie par le marchand-restaurateur Étienne Rey le 24 février 1818, au prix de 440 francs.
Deux objets sortis de terre : Victoire de Samothrace salle 703, Code de Hammurabi salle 227
La Victoire de Samothrace est renseignée à la valeur la plus administrative de la liste, affecté au Louvre, et son champ de dates en contient trois. 1864, première mission Champoiseau. 1879, deuxième mission. 1891, troisième. Charles François Champoiseau, que la notice range à la ligne Détenteur précédent / commanditaire / dédicataire avec la mention Fouilleur/Archéologue, la trouve à Samothrace en 1863. Une statue estimée à deux tonnes, posée sur une base de seize blocs et un socle de six dalles, trente-deux tonnes estimées pour l’ensemble, est entrée dans un musée en trois livraisons, et la notice indique en face de chaque date de quelle mission elle vient.


Elle n’a pris sa place sur le palier de l’escalier Daru qu’en 1883, vingt ans après la découverte, au milieu d’un décor de mosaïques et de dorures conçu pour elle. Le résultat déplut. Certains critiques comparèrent la déesse ailée à une vedette de music-hall, et en 1934 ce premier décor fut recouvert d’un papier peint imitant la pierre de taille.
Partage après fouilles : l’expression vient du chantier, où l’on répartit les trouvailles à la fin d’une campagne. C’est la valeur que porte la notice de ce bloc de basalte de 225 cm. Sa notice, SB 8, est la seule des sept sans aucun bloc de date d’acquisition : un lieu de découverte, Suse, des dates de fouille, 1901-1902, la mission de Jacques Jean Marie de Morgan, et rien d’autre.

La stèle avait déjà voyagé une fois avant les fouilles : gravée en Mésopotamie, elle a été retrouvée à Suse.
Si l’on me donnait deux heures au Louvre, je les passerais au niveau 0 de Richelieu, entre la Mésopotamie et les sculptures françaises, qui descendent au niveau -1. Cela veut dire renoncer à la salle 711, donc au Véronèse dont il est question plus haut, et c’est un prix réel. Une application audioguide pour le Louvre qui part d’une photo suit ce genre de trajet de biais sans rien demander de plus qu’un appareil dans la poche.
Que voir au Louvre le jour où vous y allez
Tout cela suppose que la salle soit ouverte le jour de votre venue. Le Louvre publie un plan d’ouverture des salles, période par période, et celui du 2 au 28 septembre 2026 est instructif : les Antiquités romaines de l’aile Denon sont fermées pour travaux, les Arts de l’Islam également, la Galerie Médicis est fermée pour travaux puis restauration des œuvres, la Galerie Campana est fermée, et les salles 720 à 734 des peintures d’Espagne le sont aussi. La même page ajoute que les mercredis et vendredis avant 10h30, les salles du second étage ne sont pas ouvertes à la visite. Le second étage, c’est l’essentiel de la peinture française et l’Europe du Nord ; les grands formats français, eux, sont au niveau 1 dans Denon, et la règle ne les touche pas.
Le site des collections ajoute son propre avertissement, en tête de chaque notice : en raison de la refonte des outils de gestion des collections, les informations présentées, notamment la localisation en salle, sont susceptibles de ne pas être à jour.
La page des parcours de visite du musée prévient : « Des œuvres peuvent être absentes des salles du musée : exposition, prêt, restauration… Le cas échéant, passez à l’étape suivante, cela n’empêche pas la faisabilité du parcours. »
Le reste tient en quelques chiffres. Ouvert de 9 h à 18 h le lundi, le jeudi, le samedi et le dimanche, de 9 h à 21 h le mercredi et le vendredi, fermé le mardi ; dernière admission une heure avant la fermeture, évacuation des salles trente minutes avant. Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre. Le billet est à 22 euros pour les résidents et ressortissants de l’Espace économique européen, à 32 euros hors EEE, et l’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans de toutes nationalités ainsi que pour les 18-25 ans résidents ou ressortissants de l’EEE. Un audioguide gratuit du Louvre de cinq étapes s’écoute dans le navigateur sans rien installer, avec l’aile, le niveau et le numéro de salle indiqués pour chacune.
## La septième notice
RF 2510. Un petit couronnement de Napoléon, huile sur papier collé sur toile, 27,5 cm sur 42,5. Acquis par les Musées nationaux en décembre 1925 au prix de 30 000 francs, dont 5 000 versés par un membre anonyme du conseil des Musées : mode d’acquisition, achat avec participation. Inscrit en 1926 à l’inventaire des Peintures comme esquisse de Jacques Louis David. Mis en sécurité au château de Montal pendant la Seconde Guerre mondiale, rentré au Louvre le 31 janvier 1946.
En 2004, le conservateur Sylvain Laveissière le désattribue : copie anonyme d’après David. Emplacement actuel : non exposé.
## Credits photo
– Image 1 — Shonagon. Salle des États – salle de la Joconde – Mona Lisa room – after 2109 renovation.jpg. CC0.
– Image 2 — Paolo Veronese, Les Noces de Cana, photo Shonagon. Les Noces de Cana – Paolo Veronese – Musée du Louvre Peintures INV 142 ; MR 384.jpg. domaine public.
– Image 3 — Livioandronico2013. Foreground of the Venus de Milo.jpg, CC BY-SA 4.0.
– Image 4 — Marie-Lan Nguyen. Daru staircase Louvre 2007 05 13.jpg, domaine public.
– Image 5 — Rama. Code of Hammurabi-Sb 8-IMG 7757.JPG, CC BY-SA 3.0 fr.

